Minute de la Catéchèse

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« Quand la Bible divise les gens, c’est souvent parce qu’ils ont d’abord des divergences idéologiques »

L’œuvre pontificale missionnaire Missio et le Centre de recherche et d’Action pour la paix (CERAP) ont organisé, à Abidjan, du 18 au 21 octobre, une conférence internationale sur la violence religieuse. L’un des intervenants de cette conférence, le père Paulin Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe Noire, au Congo-Brazzaville, bibliste et professeur émérite de l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac), revient pour La Croix Africa, sur la violence dans la Bible et l’interprétation des textes bibliques.

Dans la Bible, notamment dans l’Ancien Testament, il est question d’un Dieu vengeur qui détruit les ennemis de son peuple. Est-ce que la Bible est un livre qui fait l’apologie de la violence ? Père Paulin Poucouta : « La Bible ne promeut pas la violence, elle nous montre la violence qu’il y a dans les sociétés humaines et la condamne. Dans l’Ancien Testament, en commençant par l’Exode, Israël présente son Dieu comme un Dieu qui le protège en massacrant ses ennemis. Mais progressivement, Dieu va lui montrer qu’il est le Dieu de tous les peuples. On se souvient de l’épisode où les Hébreux, portant l’Arche d’alliance sont battus à plate couture par les Philistins et l’Arche, prise. Alors, les Hébreux demandent pourquoi Dieu ne les sauve pas. Mais Dieu leur révélera progressivement qu’il n’est pas leur chef d’État-Major mais un Dieu briseur de guerre. »La violence est présente dans nos cœurs mais Jésus, en mourant de manière violente sur la Croix, brise ce cercle de violence pour le remplacer par un cercle d’amour, de pardon. Quel est l’enjeu de l’interprétation de la Bible ? Celle-ci n’est-elle finalement pas instrumentalisée pour justifier des idéologies ? Père Paulin Poucouta : « Certains lisent la Bible de manière fondamentaliste, à la lettre. D’ailleurs, le Concile Vatican II et le Synode des évêques sur la Parole de Dieu (2008) nous l’ont montré. Dieu nous parle en utilisant le langage humain. Il faut donc toujours chercher ce qu’il a voulu nous dire à travers le langage humain. Il est donc important de comprendre les genres littéraires de la Bible, ce qui nécessite un véritable apprentissage.

La deuxième chose, c’est qu’il y a effectivement une lecture idéologique de la Bible. Je prends, par exemple, le cas de l’Afrique du Sud, pendant l’Apartheid. Certains utilisaient dans la Bible, l’histoire de Cham – qui aurait été maudit par Dieu – pour faire croire qu’il est l’ancêtre des noirs et ces derniers sont maudits par Dieu. Quand la Bible divise les gens, c’est souvent parce qu’ils ont d’abord des divergences idéologiques. Les divisions dans l’Église sont donc d’abord des questions politiques et idéologiques. La division entre catholiques et orthodoxes est un problème de leadership entre l’Orient et l’Occident, idem pour les problèmes entre catholiques et protestants. Il y a des divergences de plusieurs ordres et après on se sert de la Bible pour justifier la division. »Sur la question des points de divergence entre catholiques et évangéliques, en Afrique, ils prennent souvent des tournures violentes avec une focalisation sur les statues ou images catholiques…

Père Paulin Poucouta : « Dans les livres de l’Ancien Testament, on condamne l’idolâtrie et non les statues. Ce qui est condamné, c’est de prendre des images et statues pour Dieu. Dans les temples et les synagogues, il y avait d’ailleurs des images. Si les images et statues servent juste à conduire vers Dieu, cela ne pose pas de problème. De plus, dans la Bible, ce ne sont pas les images seulement qui peuvent conduire à l’idolâtrie. Le fait d’accorder plus d’importance à un être humain qu’à Dieu est une idolâtrie, le fait d’accorder une place centrale à l’argent aussi. Finalement, l’obsession à trouver de l’idolâtrie dans chaque pratique des catholiques devient aussi une idolâtrie. »Certains écrits de Paul dans la Bible indignent les féministes. Quelle est la place de la femme dans la Bible ? Père Paulin Poucouta : « Le pauvre Paul, on lui fait vraiment un procès d’intention. Dans le fameux texte incriminé (1 Corinthiens 11, versets 5 à 15) – et qui ne résume pas la théologie paulinienne sur les femmes – quand Paul dit aux femmes de se couvrir la tête, il faut comprendre le contexte. La communauté de Corinthe était assez difficile à gérer et les religions traditionnelles y étaient très vivaces. Dans ces religions, les femmes occupaient une place très importante. Paul a fait cette injonction en voulant mettre de l’ordre dans un cas ponctuel. Il a voulu utiliser ce que dit la tradition juive pour régler un cas disciplinaire ponctuel. Dans le Nouveau Testament, Jésus vient montrer l’égalité entre hommes et femmes mais il se met dans un contexte juif. Il est vrai qu’il n’a pas de femmes apôtres mais dans la tradition juive de l’époque, il aurait été impossible d’arracher une femme à son mari pour lui demander de le suivre. Dans le texte où Jésus empêche une femme d’être lapidée, il a rétabli la justice en ramenant les hommes à leur place. Car dans l’adultère, il y a un homme et une femme mais c’est la femme qui était lapidée. Et Jésus remet en cause tout ce système et c’est l’une des causes pour lesquels, devenu gênant, il sera tué. »

Abbé François-Xavier OLOMO

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